Steve Christensen, le fondateur de la société Novo, fabrique des montres à la main à partir de matériaux anciens récupérés. De son atelier de Lethbridge, en ALBERTA, il explique pourquoi les belles montres authentiques sont si attrayantes.

Texte Gavin Conway, photographie Gerard Yunker

Lorsque les amateurs rêvent aux belles montres faites main, ils pensent tout de suite à la Suisse. C’est ce pays qui a vu naître des marques réputées comme Rolex, IWC, Breitling, Jaeger-LeCoultre, Blancpain et bien d’autres encore. Il y a donc fort à parier qu’ils ne se tournent pas vers la petite ville de Lethbridge, en Alberta. Loin de là.

C’est bien dommage, car il s’y trouve pour eux une entreprise tout à fait unique : Novo Watch, fondée par Steve Christensen, passionné de montres depuis toujours. « Plus jeune, j’ai voulu m’acheter une montre, raconte-t-il. Comme je n’avais rien trouvé qui me plaisait, j’ai dit à mes amis que j’allais fonder mon entreprise horlogère. J’ai commencé à avoir des idées, j’ai échangé avec des personnes en Chine sur la façon de les fabriquer, et nous avons ensuite commencé à constituer une gamme de produits. »

Mais la concurrence est rude, et le propriétaire trouve que ses montres commencent à ressembler à toutes les autres. « J’avais l’impression que l’âme de notre produit était en train de disparaître, c’est pourquoi j’ai commencé à m’intéresser à l’idée de fabriquer des montres à la main et d’exécuter tout le travail à l’interne. Le mouvement artisanal, du fait main, est particulier. Il s’agit de créer quelque chose qui durera et qui sera hautement apprécié. »

« Si vous possédez un objet d’une grande valeur sentimentale, Novo fera de son mieux pour l’intégrer à une montre personnalisée. »

Ce qui rend Novo Watch unique, c’est que Steve et son équipe fabriquent des montres à la main à partir de matériaux récupérés, par exemple une voie ferrée de 132  ans, une vieille épave ou même un char militaire. L’entreprise crée ses propres collections, mais elle prend aussi des commandes. Si vous possédez un objet d’une grande valeur sentimentale, Novo Watch fera de son mieux pour l’intégrer à une montre personnalisée. Le boîtier doit être en métal en raison des exigences de précision de l’horlogerie, mais d’autres matériaux comme le bois, le cuir et même le plastique peuvent être intégrés sur le cadran ou sur le bracelet. Récent exemple d’une telle commande, l’équipe a intégré des parties du protège-tibia en plastique d’un joueur de base-ball de la ligue majeure dans un cadran.

Il s’agit de créer une belle pièce durable à partir d’un objet personnel significatif. « De cette façon, nos clients peuvent conserver une partie importante de l’histoire et la transmettre à la prochaine génération, explique Steve. Ils peuvent ressentir l’authenticité et la transparence dans le travail. J’aime réutiliser de vieux matériaux, les transformer et raconter à nouveau une histoire. »

Et c’est d’ailleurs à cette philosophie que l’entreprise doit son nom, à la suite d’une idée que Steve a eue après ses voyages en Sibérie : « J’ai été complètement charmé par une ville russe nommée Novossibirsk. Là-bas, “novo” signifie nouveau, ce qui correspond bien à notre objectif de donner une nouvelle vie à de vieux matériaux. »

L’entrepreneur dit qu’il a appris son métier avec les meilleurs artisans. « Mon mentor est Christian Laas, un horloger suisse. Ce dernier m’a appris tout ce que je sais. Il collabore avec les divisions réparations d’entreprises horlogères haut de gamme. Pour parvenir à une telle spécialisation, il faut avoir accumulé une expérience incroyable. Je suis chanceux de l’avoir trouvé. »

Sans surprise, le client type de Novo Watch a un certain âge et est bien nanti. Steve affirme cependant que la clientèle s’élargit. « À l’origine, il s’agissait de personnes mariées de plus de 50 ans dont le revenu s’élevait au moins à 200 000 $. Ce profil évolue selon moi grâce à la couverture médiatique dont nous bénéficions partout au pays. »

Dans le cadre d’un de ses projets récents, l’entreprise s’est intéressée à une vieille épave en Californie : celle du SS Dominator, un navire construit dans les années 1940. « Il se trouve désormais près de Laguna Beach, dans l’État doré, à un endroit si isolé qu’il faut s’y rendre à pied. Nous étudions donc comment intégrer le matériau dans une montre. La coque est trop rouillée pour être utilisée dans la structure, mais nous pouvons utiliser ce métal pour les aiguilles de la montre ou comme pièces pour les chiffres. Nous avons obtenu la permission de prendre de petits morceaux sur le flanc du navire. Nous avons découpé de petits cercles dans de longues et minces bandes de métal rouillées, puis nous les avons travaillés afin qu’ils soient assez fins pour être appliqués sur le cadran de la montre. »

La création de nouvelles montres est aussi un long processus. La production de la première version d’un nouveau modèle exige jusqu’à huit semaines de travail. Une fois le processus mis au point, ce délai est réduit à environ trois à cinq semaines, selon la complexité de la pièce. Interrogé sur le plus grand défi qu’il a dû relever, l’artisan s’esclaffe avant de répondre : « Trouver comment fabriquer une montre à Lethbridge, Alberta, qui est très loin d’être un grand centre horloger ! Trouver les bonnes personnes a aussi été difficile. Nous avons un machiniste incroyable, un jeune homme qui aimait l’idée de l’horlogerie. »

Et le plus difficile pour obtenir des matériaux qui ne soient pas préforgés ? « Avoir un forgeron, et un forgeron capable de prendre un rail de voie ferrée et de lui donner la bonne forme. Nous en avons trouvé un fantastique. Voilà qui compte parmi les plus grands défis que nous ayons relevés. Et enfin, le graveur. Il était si important de trouver le bon, car nous voulions vraiment que nos mouvements se démarquent et donnent plus d’âme à la montre. »

« L’âme ». Ce mot est revenu constamment au cours de notre échange, et c’est sans doute la description la plus juste de Novo et de Steve Christensen.