Mazda Monde a rencontré Tomiko Takeuchi, l’architecte de la première voiture tout électrique de Mazda, le MX-30. C’est aussi l’une des pilotes d’essai les plus respectées du constructeur.

Texte Shogo Hagiwara / Photographie Eric Micotto

D’ou venez-vous et à quoi a ressemblé votre enfance?

Je suis née à Okinoshima, la ville de mes grands-parents, mais j’ai grandi dans la préfecture d’Hiroshima. J’étais très active, un vrai garçon manqué, je passais mon temps dehors. Pendant les vacances de printemps ou d’automne, je rendais souvent visite à mes grands-parents. Pour y aller, je prenais un YS-11, un avion de ligne à turbopropulseur fabriqué au Japon. Dès mon plus jeune âge, j’adorais l’instant juste avant le décollage, cette sensation d’accélération. C’est là que je suis tombée amoureuse des transports et des véhicules.

Quelles études avez-vous faites et où?

À l’école secondaire, je me suis spécialisée en sciences, et à l’université, je voulais faire des études d’ingénieur en aéronautique. Mais un prof m’a dit que je pouvais étudier les avions, les voitures et toutes sortes de transports en choisissant l’ingénierie des systèmes complexes. C’est donc ce que j’ai fait à l’Institut de technologie de Kyushu.

Quels sont vos loisirs quand vous ne travaillez pas?

En fin de semaine, je vais au salon de coiffure ou au bar à ongles. En ce moment, je prends des cours d’anglais pour améliorer ma conversation. Et depuis un an, de temps en temps, je prends des cours de kimono et de cérémonie du thé. Cette dernière activité me redonne de l’énergie tout en me calmant. Mes batteries sont rechargées pour retourner au travail le lendemain. Les longues fins de semaine ou pendant les congés plus longs, j’aime faire des balades en voiture ou à moto. J’ai une MX-5 que j’ai achetée en 1999. Cette année-là, le modèle célébrait ses dix ans et des propriétaires de tout le Japon s’étaient réunis. En voyant leurs grands sourires, je me suis dit que je devais en acheter une aussi.

« Il est important de tester nos voitures dans les conditions où nos clients les conduisent. »
 

Avez-vous toujours voulu travailler pour un fabricant automobile?

Quand j’étais étudiante, j’allais sur le campus en vélo mais, en quatrième année, j’ai eu ma première voiture. À l’époque, je jouais dans un orchestre et cela m’a permis de transporter mon instrument pour jouer avec des musiciens des villes voisines. Soudain, grâce à ce véhicule, mon univers a changé. Je pouvais me déplacer plus loin et faire de nouvelles rencontres. Cela m’a frappée. J’ai décidé de postuler pour un emploi dans une entreprise automobile, juste avant d’obtenir mon diplôme universitaire.

Quel a été votre premier rôle chez Mazda?

Quand j’ai commencé chez Mazda, j’ai été affectée à la division développement de la technologie électronique pour travailler sur la conception d’un faisceau électrique. Mon équipe a conçu le câblage de toute la voiture. C’est ainsi que j’ai appris à connaître les nombreuses technologies et pièces du véhicule, et j’ai collaboré avec différentes personnes, en établissant de bonnes relations.

En 1999, vous êtes devenue pilote d’essai. Pourquoi ce changement?

J’ai toujours adoré conduire, et donc toujours rêvé de travailler à la division recherche. À l’époque, il y avait de plus en plus de femmes pilotes d’essai, alors j’ai postulé pour la job.

Parlez-nous un peu de ce métier de pilote d’essai.

Chez Mazda, les pilotes d’essai sont appelés conducteurs d’évaluation. Ils testent non seulement les véhicules Mazda, mais aussi ceux d’autres constructeurs. J’ai fait des tests sur la piste d’essai et aussi dans tout le Japon, aux États-Unis et en Allemagne. Il est important de tester nos voitures dans le cadre réel où nos clients les conduisent. Pour devenir pilote d’essai ou conducteur d’évaluation chez Mazda, il faut plusieurs qualifications. Chez Mazda, elles commencent à E et vont jusqu’à A – c’est le cours standard. Au-delà de A, il y a le « expert ». Pour y arriver, il faut passer un examen d’entrée et suivre un cours pendant un an. Pour l’instant, j’ai ce qu’on appelle un permis A plus.

En quoi votre expérience sur la piste d’essai vous a-t-elle aidé dans votre dernier rôle, celui de responsable du programme MX-30?

Mon rôle de pilote d’essai m’a aidée à bien des égards dans mon rôle de directrice du programme
MX-30. Le MX-30 étant un modèle mondial, de nombreux collègues – de Mazda et d’ailleurs [au Japon] – m’ont offert leur soutien. Et comme j’avais été pilote d’essai, j’ai pu communiquer ma vision du MX-30 avec mes propres mots. En ce sens, mon expérience de pilote d’essai m’a aidée. 

« Le concept du mx-30 est ‘d’être naturel’, alors j’ai décidé de suivre le mouvement et d’être détendue pour ce projet. J’ai encouragé chacun à être soi-même tout en développant ce produit. »

Décrivez votre fierté d’être la première femme chargée de programme chez Mazda. Était-ce une de vos ambitions?

Pendant mes études, et après chez Mazda, j’ai toujours été entourée d’hommes, aussi je n’ai jamais été trop consciente de mon sexe. On m’a confié le rôle de directrice de programme assez soudainement et j’ai donc été vraiment surprise. 

Quelles étaient vos priorités à la tête de l’équipe MX-30?

Le responsable du programme ne peut pas connaître tous les détails du développement d’une voiture, c’est pourquoi ma priorité a été de vraiment écouter les membres de mon équipe. Ainsi, j’ai pu réaliser les défis que chacun devait relever chaque jour et ses frustrations. J’ai également pu amalgamer les compétences de chacun pour faire un excellent produit. Ma vision était de travailler ensemble et d’être créatifs ensemble. J’ai plus donné un coup de pouce en coulisses que je n’ai dirigé l’équipe. Ainsi, j’ai mis un point d’honneur à reconnaître les réalisations de chaque membre de l’équipe.

De quoi êtes-vous particulièrement fière sur le MX-30?

Avant tout, je suis fière de mon équipe. Pour le MX-30, le développement a été plus long que d’habitude. Pendant cette période, elle n’a jamais baissé les bras pour produire le premier véhicule entièrement électrique de Mazda. Le concept du produit est « d’être naturel », alors j’ai décidé de suivre le mouvement et d’être détendue pour ce projet. Je n’étais pas seule à prendre en charge ce projet, cela a été un voyage avec mon équipe. J’ai encouragé chacun à être soi-même tout en développant ce produit, de sorte que le concept « être naturel » se reflète naturellement dans le MX-30. 

Que voudriez-vous que les clients pensent du MX-30?

Les clients du monde entier qui choisissent le MX-30 relèvent des défis dans leur vie quotidienne et leur travail. Beaucoup travaillent très dur. Lorsque nos clients regardent le MX-30, le touchent et montent dedans, j’espère qu’ils se sentent détendus et sereins. Je veux qu’ils vivent l’expérience de ce genre d’espace et de temps. Une fois qu’ils se sentiront détendus, j’espère qu’ils pourront ressentir la joie pure de la conduite.