Récemment nommé à la tête de Mazda Motorsports, Nelson Cosgrove est heureux à son nouveau poste. Il nous confie ses espoirs pour 2020 et au-delà.

Texte Graham Hope

Ces derniers mois ont été très chargés pour Nelson Cosgrove. Depuis novembre, date à laquelle il a succédé à John Doonan à la tête de Mazda Motorsports, Cosgrove a connu le succès aux 24 heures de Rolex Daytona, a annoncé des changements dans la Mazda MX-5 Global Cup et a lancé un programme complet d’essais dans l’optique des prochains début en course de la Mazda3 TCR. Mazda Monde a rencontré Cosgrove pour savoir comment il s’habitue à la vie chez Mazda et envisage une année 2020 passionnante. Cet entretien a été réalisé en février 2020. Depuis lors, la pandémie de COVID-19 a causé bien des bouleversements dans le monde et plusieurs courses mentionnées par Cosgrove ont été reportés à plus tard cette année.
 

Vous n’avez pas eu un instant de répit chez Mazda, comment se sont passés vos premiers mois?

J’ai été très occupé à tout mettre en place. Et comme nous avons commencé la saison assez tôt, cela a été intéressant. Tout le monde à Irvine [le siège nord-américain de Mazda] et au Japon nous a beaucoup soutenus. Et je pense que nous étions assez bien préparés avant le début de la saison. Les résultats à Daytona [deuxième pour la Mazda RT24-P n°77, sixième pour la Mazda RT24-P n°55] ont été excellents. J’aurais aimé monter une marche de plus sur le podium, mais c’était déjà beau de voir les deux voitures terminer la course.

Daytona a été la priorité dès le début?

Oui, Daytona et Sebring. Les 36 heures de Floride – ces deux courses sont les plus importantes au début de la saison. Elles sont très exigeantes. C’est une grande partie du kilométrage de la saison qui se fait tout de suite. C’est donc sur cela que nous nous sommes concentrés avec le programme Prototype. Et nous avons également procédé à quelques changements, en faisant équipe avec Flis Performance pour la Global MX-5 Cup.

Vous avez un CV long et varié. Que pensez-vous pouvoir apporter à Mazda Motorsports?

Comme j’ai travaillé avec de grandes équipes de course, j’ai beaucoup d’expérience pratique du fonctionnement d’une équipe et de la gestion des opérations en course. Je pense avoir eu la chance de travailler pour plusieurs équipes au bon moment de leur histoire. J’ai participé à des programmes qui ont remporté beaucoup de courses et de championnats, et j’étais présent à des moments de croissance vraiment importants. J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur le plan technique, mais aussi sur le fonctionnement de ce milieu, sur la manière de traiter avec les organismes officiels, sur la manière de travailler avec une équipe de compétition... voilà ce que je peux apporter au programme Mazda en matière de gestion.

Inspirée de la Mazda3 de tourisme, la Mazda3 TCR est la dernière voiture de course du constructeur. Elle devrait faire ses débuts à la Rolex 24 de 2021 à Daytona, dans le cadre du championnat IMSA Michelin Pilot Challenge.


Mazda a la réputation d’être un constructeur qui fait les choses à sa manière. Est-ce aussi vrai pour Mazda Motorsports?

Oui, nous faisons les choses à notre façon – c’est une bonne façon de résumer et je ne pense pas que cela changera. C’est d’ailleurs l’une des choses qui m’ont séduit dans ce nouveau poste. Mazda a un programme très spécifique pour la base, témoin la façon dont nous fabriquons les pièces détachées. Peu de fabricants automobiles font vraiment cela. Par exemple, environ 20 % des pièces que nous vendons chaque année aux petites écuries privées sont destinés à des voitures à moteur rotatif. Ainsi, malgré toutes les MX-5 qui existent, il y a encore pleins de gars qui font de la compétition avec des RX-7 et des RX-8. C’est incroyable!

Vous êtes responsable de nombreuses séries, mais l’IMSA WeatherTech Sportscar Championship est le plus connu. Mazda a pris un excellent départ à Daytona. Qu’est-ce qui a fait la différence?

La préparation, qui a été en grande partie planifiée avant mon arrivée. Un test d’endurance a eu lieu à Daytona à la fin octobre. Puis, de là, un autre à Sebring. Et sur ces deux circuits, nous avons pu identifier et corriger quelques petits problèmes. Nous avons également effectué des tests d’endurance sur banc d’essai, pour éliminer un grand nombre de petits défauts. Puis, en décembre, nous avons fait deux jours d’essais supplémentaires. Nous nous sommes attachés à introduire la durabilité dans le système. Et cela a fonctionné. Nous avons encore eu un petit problème avec la voiture n° 55 à Daytona, avec une défaillance de l’échappement, mais nous avons réussi à conduire les deux voitures à l’arrivée.

« J’AIMERAIS ÊTRE EN MESURE D’AVOIR UNE ANNÉE RÉUSSIE. MAIS POUR MOI, NOUS DEVONS SURTOUT ESSAYER DE GAGNER LES PLUS LONGUES ÉPREUVES. »

Ce bon début de saison et les trois victoires de l’an dernier font monter les attentes. Cela augmente-t-il aussi la pression sur l’équipe et sur vous?

« Je n’appellerais pas cela de la pression, mais il y a désormais une attente certaine car la voiture est bien réglée et a une bonne vitesse, et nos pilotes sont excellents. On s’attend donc à ce que nous soyons compétitifs toute l’année. Tous les participants au programme souhaitent une bonne saison. Dans un tel championnat, il faut saisir l’occasion quand votre heure arrive. Car vous n’aurez pas toujours la meilleure voiture sur chaque circuit. C’est un fait. L’équipe a réussi à faire cela l’année dernière. Je pense que notre talon d’Achille a été les épreuves longues, mais nous nous sommes vraiment focalisé sur elles et, aujourd’hui, nous sommes prêts. »

La réussite de Mazda vous importe clairement. Qu’espérez-vous personnellement pour 2020?

« Bien sûr, je voudrais dire que nous allons remporter le championnat. Mais ce que j’ai toujours dit, c’est que j’espère en être au stade où nous aurons du succès dans les courses les plus longues qui nous ont échappé [par le passé]. Tant que nous serons parmi les premiers et en mesure de remporter des victoires, l’objectif de cette saison sera atteint. Je pense que nous devons être compétitifs, parmi les voitures de tête et idéalement, à la fin de la saison, pouvoir dire que l’année est vraiment réussie. Mais selon moi, nous devons gagner quelques épreuves parmi les plus longues. »

Connaissiez-vous les pilotes? Êtes-vous satisfait de la composition de l’équipe?

« Je n’avais jamais travaillé avec eux auparavant. J’en savais un peu plus sur Ryan Hunter-Reay, car il a couru en IndyCar. Mais je suis dans les stands [IMSA WeatherTech SportsCar] depuis quatre ans, alors je connais ces gars. J’ai pu les voir à l’œuvre et c’est un groupe très impressionnant. Il y a des pilotes Mazda de longue date comme Jonathan Bomarito et Tristan Nunez, qui sont de grands talents, et puis Harry Tincknell et Olly Jarvis sont de grands coureurs GT, également très bons dans ces voitures. Nous avons donc la chance d’avoir ces gars au sommet de leur carrière. Sans oublier Olivier Pla, un autre pilote de talent. Ils sont tous très rapides et très bons en endurance.

Vous êtes aussi responsable de la Mazda3 TCR. Pouvez-vous nous informer des derniers projets concernant cette voiture?

L’installation du moteur ne s’est terminée que vers Noël l’an dernier. Ayant fait peu d’essais, nous avons donc décidé de consacrer cette saison au développement et à faire suffisamment d’essais avant une saison de compétition. Nous allons avoir un nouveau partenaire technique [encore à annoncer] et je pense que la voiture sera compétitive. Elle a certainement de bons systèmes et de bons composants, en particulier la suspension actuelle. Je pense que nous allons avoir un programme de tests fructueux. L’idée est qu’elle soit prête pour l’épreuve de Daytona 2021.

Et qu’en est-il de la Global MX-5 Cup? Elle a la réputation d’être passionnante ; en sera-t-il de même en 2020?

Eh bien, le changement par rapport à l’année dernière, c’est qu’il y a une nouvelle boîte de vitesses séquentielle SADEV. Elle apportera un bon niveau de performances et une bonne dose de durabilité. Les courses sont souvent serrées et les participants sont de fortes personnalités, d’où un grand intérêt pour cette compétition. En général il y a 32 ou 33 voitures à chaque course, ce qui est génial. Nous travaillons très dur pour faire passer le message, la faire connaître à un plus grand nombre et pour que le public soit conscient de l’importance des courses que nous organisons.

Les prochaines années pourraient voir des changements importants en sport automobile. Comment voyez-vous l’évolution de Mazda en parallèle?

J’espère qu’à mesure que le sport automobile se développe et évolue – et il y aura de grands changements dans les cinq ans à venir – la marque s’adaptera et grandira d’une manière qui nous rendra tous fiers de faire partie de la famille Mazda. Qu’il s’agisse de nouvelles voitures ou de différents types de voitures, Mazda incarne le défi et nous devrons tous continuer à utiliser le sport automobile comme un moyen de développement continu. C’est une histoire riche et nous devons continuer à la promouvoir.

Cela signifie-t-il qu’il faut s’attendre à une certaine forme d’électrification?

C’est une excellente question! Je pense qu’en ce moment, chez Mazda, nous voulons tirer le meilleur parti du moteur à combustion interne, mais nous suivons aussi de près ce qui se passe dans le reste du monde. Les règles pour la prochaine génération de courses de prototypes au niveau mondial exigeront un système hybride, c’est donc quelque chose que nous devons envisager et évaluer.

Regardez la Mazda RT24-P prendre le départ des 24 Heures Rolex à Daytona en pole position.